Culture(s), et Communication
Départ sur le récit de la « tradition » de la descente des marches (avec son origine)
Introduction avec la lecture du début d’une nouvelle de Maïssa Bey (« Nouvelles d’Algérie »)
Depuis environ 15 ans, des crises se sont enchaînées
Les vioques ont le souvenir étrange et familier d’un autre moment de crise
Claude Lévi-Strauss est mort ! Vive Claude Lévi-Strauss ! Il avait 101 ans…
On l’a nommé « père » du structuralisme
1er livre, « Tristes Tropiques » (dont il dira l’avoir écrit trop vite car sur commande)
Son apogée est survenue à un moment de crise : Mai 68
Mai 68 : Un certain nombre de ces révoltes sont nées aux USA, sous l’influence de la pression de la guerre au Vietnam
è La guerre a un retentissement collectif, facteur de crise individuelle et collective
Cette crise, qui se poursuit dans les 70s, provoque l’essentiel des travaux et recherches sur la crise (on mesure alors non seulement ses mécanismes, mais aussi ses conséquences)
Claude Lévi-Strauss ne s’en mêle pas, mais aide sans le vouloir, à travers le structuralisme
La possibilité de destruction/d’anéantissement va de pair avec celle de renaissance, de découvertes, et d’innovation (double visage de la crise)
La pensée structuraliste fait son chemin, avec ses extrêmes dans le positif et dans le négatif
Quelles fonctions emmèneront au négatif ?
L’anéantissement individuel peut se traduire par le suicide
De façon positive, des peuples/sociétés/cultures s’orientent vers de nouveaux objectifs
Il est important de remarquer que ces changements ont eu lieu après toutes les guerres
Que ce soit celle de 14-18 ou de 39-45, les répercussions ont été inestimables
Début 70s : la guerre du Vietnam a été source de découvertes et d’inventions
Celles-ci ont été faites au prix du sacrifice humain
A cause des nouvelles armes, on a eu le retour au pays d’hommes qu’on ne savait soigner
La médecine, tant physique que psychique, ne savait pas comment faire
è Donc ils ont inventé des techniques au cours des années 80
Quelles que soient les horreurs… Guerre = inventions et découvertes
Mr X, professeur pendant le doctorat de Mr G, avait annoncé dès 1967 toute une série de phénomènes qui traduiraient une crise de la communication/sociabilité/culture
è On y a référé peu après sous les termes de « fracture sociale », « fracture coloniale »
Ce sont des crises dont les effets de résonnance se font ressentir encore aujourd’hui
Là, la destruction est sous forme d’exclusion, de mise à l’écart, de bannissement, d’exil
Elle est empreinte d’une volonté d’être productrice d’exemples
Le fait même de vouloir monter un système organisationnel, communicationnel, structurel, institutionnel, nommé « Islam de France » est une exception française
Depuis les empires coloniaux, suivis des indépendances, la France a du mal à renoncer à ce qui avait jadis assuré sa puissance (et son orgueil)
Le fait que l’on appelle couramment (dans la presse ou autres) le président Nico 1er, réfère à ces périodes de dynastie, de despotisme que la France a connues (et aimerait reconnaitre ?)
Pourtant, la Révolution ou la Terreur , étaient des moments insupportables
La tyrannie fait partie des systèmes de défense pour lutter contre ce qui serait au quotidien intolérable pour les uns, insupportable pour les autres
L’Allemagne nazie s’est bâtie sur une misère, une pauvreté, un climat social sans précédent
è Ce sont là les ingrédients de base pour une crise…
Car c’est là que s’organisent/s’institutionnalisent des solutions (parfois en totale illusion)
Entre 1985 et 1990, toute une multitude de sectes sont nées à travers des tentatives de résolution de crises individuelles et collectives
De l’aube de l’humanité à maintenant : l’homme est un animal de crise, un sujet en crise
L’évolution et le développement naissent de ces conflits
Des périodes sont plus marquées ou plus estampées de crises individuelles
L’homme est un animal critique qui n’a de cesse de questionner (de remettre en question)
Claude Lévi-Strauss : « Je hais les voyages et les explorateurs » (1ère phrase de « TT »)
Si on met ces propos à l’heure actuelle, on peut penser aux touristes (notamment à travers le développement du « tourisme culturel ») qui contribuent à mettre des peuples et leurs cultures dans des situations insupportables (quelques fois : des animaux de zoo)
C’est une exploration qui renvoie à des intérêts personnels, et souvent décalés
A partir de la colonisation, la culture est devenue le culturel, qui est devenu maintenant inséparable de la politique (leurs liens sont indissociables, inextricables)
Evénementiel : bien sûr, il y a du marché, mais il faut mesurer à quoi il sert
Selon les contextes et les conditions dans lesquels il survient, il fait du mal !
è Délocalisations de festivals, bouleversant leurs origines et significations locales
Un des phénomènes de l’apparition d’une crise est qu’on en prend conscience après-coup
Elle ne se révèle, ne se montre, ne se dévoile vraiment que dans l’après-coup
Une de ses propriétés est qu’elle surprend de façon foudroyante, comme elle advient
En surgissant, elle en laisse désarmés, mais d’autres sont conduits à reconsidérer :
è Leurs statuts, leurs rôles, leurs fonctions individuels/collectifs (présents pour l’avenir)
La crise en fait sombrer certains, et renaître d’autres, mais pourquoi donc ?
Il s’agit d’une clé d’articulation, d’un carrefour trophique (capable de nourrir, d’éveiller)
Homme : sujet en crise permanente
Tout est fait pour que nous arrivions au monde en crise, pour que notre venue puis notre vie entière soit source d’états et d’expériences critiques et conscientes
« Nous naissons tous prématurés » (expression à Geffroy)
Dans la condition humaine, il y a des facteurs qui font qu’on n’est pas prêts à la naissance, qu’on ne possède pas toutes les armes pour nous défendre ou les clés pour comprendre
è Besoin de temps : aide des parents, de l’école...
« Un bébé, ça n’existe pas » : un chercheur spécialiste en enfance explique qu’il n’existe que parce qu’il a été désiré (ou pas), qu’il y a un environnement qui l’accueille, qui l’assume, et qui peu à peu l’aide à se construire, essayant d’éviter qu’il connaisse des expériences trop difficiles ou fasses des rencontres trop éprouvantes avec la vie
Importance de l’environnement : capitale tant au niveau individuel que collectif
C’est un cadre qui contient, et simultanément trace, des espaces limités par des frontières
De par son existence, le cadre crée nécessairement un « dedans » et un « dehors »
Il y a aussi une zone, peut-être dangereuse, qu’on appelle la marge
Bien sûr, sans cadre, sans environnement, il n’y a pas de marge !
Une des propriétés de l’environnement est que l’habitude à elle qu’elle entraîne est telle qu’on ne se rend compte de son importance que quand elle disparaît
è Familiarité/étrangeté : l’un, par contrainte/force/volonté, devient l’autre
Un des visages familiers de la crise, c’est l’exil (mutation, entre un environnement qui était familier et un qui est étranger, avec effets de rupture pendant au moins un certain temps)
« Changer de terre, c’est changer de mère »
De même avec les langues, quand on passe d’une langue à l’autre, on va à la conquête d’un autre corps, d’une autre voix, d’une autre respiration
Certains troubles du langage s’effacent dès l’instant où l’un entre dans une langue étrangère
Une des caractéristiques de la crise : l’environnement et le cadre se trouvent défaillants
C’est cette défaillance précisément qui met l’individu en crise
L’homme prend du temps pour créer des repères humains (spatiaux, sociaux, culturels…)
è Quand l’environnement et le cadre défaillissent, il y a perte de repères
Il ne faut point oublier que ces repères sont simultanément des facteurs de stabilisation et de sécurisation de l’identité (comme un cocon)
Nous prenons appui sur eux (étayage, éclairage, ancrage)
L’exil est un déracinement au sens premier, puisque les racines sont des repères indispensables à n’importe quelle plante et n’importe quel arbre pour tenir debout
Que ce soit dans des moments de passage difficiles ou des moments difficiles tout court, il y a toujours eu des pratiques ritualisées du vertige
Alcool : même si pernicieuse, l’alcool est une pratique du vertige et de l’oubli
Revers : la jeunesse française est une des plus alcoolisées au monde
Une des mutations : les crises des années 70 ont amené à la disparition progressive de la dimension rituelle de ces pratiques du vertige
« L’Individu Incertain » : il y a des passages de la vie, qui sont plus ou moins des moments de crise (légère ou lourde… ou trop lourde ?) qu’il faudrait savoir gérer consciemment, et aidé
En peu de temps, nos jeunesses ont délaissé les rituels pour la « défonce directe »
On n’est plus obligés de faire le service militaire, mais ça tant mieux !
D’autant plus que, entre les « fous » et les objecteurs de conscience, beaucoup l’ont évité…
Et aussi : aucune obligation d’être en cours, et aucune obligation au prof de nous supporter !
Les sociétés industrielles avaient au fur et à mesure, par rapport aux sociétés traditionnelles, construit de nouveaux rites et pratiques qui permettaient de franchir ces obstacles de la vie
Il est clair que le service militaire avait une influence énorme sur tous les jeunes
Enormément d’entre eux ont seulement commencé à fumer lorsqu’ils ont été « bons » pour le service militaire (Bon exemple ? Le quotidien à l’armée force le besoin de fumer ?)
Le jour de conscription était accompagné d’une virée largement arrosée au bordel, où de grandes quantités de jeunes gens se « déniaisaient » (dépucelaient)
(Nous savons tous que les garçons sont plus niais que les filles au niveau sexuel)
Là aussi, est-ce un bon exemple ? En défenseur de conscience, pour le meilleur et pour le pire, comment accepter que le dépucelage se fasse chez des prostitués ? L’acte d’amour n’est-il pas lié à l’amour ou du moins à l’échange entre deux êtres ? De plus, c’est offrir son dépucelage à l’armée… C’est le désespoir de l’engagement militaire qui nous y pousse…
La « quille », les chants : tant de moments de convivialité rythmés et rythmant de la vie
Un conscrit mourrait à sa vie d’adolescent (avant de mourir pour la patrie, abruti)
Les sociétés occidentales ont l’habitude de « se beurrer » au moment des mariages
è Symbole de mort et de résurrection (et l’enterrement de la vie de célibataire)
En Irlande, les funérailles sont encore plus arrosées que les mariages (l’alcool étant source de mort pour beaucoup, c’est une façon pour eux « d’assumer » ensemble, dans la joie)
Trop dépenser de l’argent est aussi une pratique du vertige, voire de l’oubli (dé-penser)
La pression sociale des anniversaires, des fêtes, des cadeaux peut y entraîner
Surtout pour les capitalistes qui ne voient que la dépense pour traduire les dons (de soi ?)
Dans la culture maghrébine, le mariage évoque la pression sociale de dépenser
Ce système est particulièrement lourd pour les acteurs (familles, mariés) et leurs sacrifices
Les rituels ont peu à peu perdu de leur efficacité, surtout symbolique (et c’est l’essentielle !)
è Cela permettait d’assurer une transition : réunir des éléments, des êtres, permettant de faire le passage (une passerelle aménagée sans rupture entre un état et un autre)
Grâce à cela, c’était plus facile de passer d’une étape à une autre
L’histoire de l’être humain transite entre crise et résolution, rupture et suture
Attention, la suture peut engendrer une cicatrice !
Lien entre crise, culture(s), et communication : la question de la cicatrice est très importante
La cicatrice est souvent secrète, douloureuse, déchirante, et ce pour les deux côtés
2 dimensions présentes : présent & avenir, et au milieu les blessures individuelles/collectives
Il faut essayer de recoudre les deux bords, mais les coutures sont souvent mal ficelées
Se souvenir de : « même si les hommes décident d’oublier, l’histoire a de la mémoire »
è Même on essaie de colmater les brèches, il y a un temps où quelque chose se fissure, se rouvre… et parfois si mal cousue que ça craque à nouveau…
Si la suture atténue l’impact et la douleur de la crise, le moment où ça craque, une nouvelle crise apparaît (encore plus violente à cause de tout ce qui s’y est inscrit les fois auparavant)
Evénement récent : à l’international, la nécessité affichée du dialogue entre les culturels
è Essais de réparation, de guérison
Des vérités restent occultées, il faut attendre 50 ans pour pouvoir ouvrir certaines archives
Mr G était élève au lycée Masséna, sous le symbole de Max Gallo : « messieurs, ne vous faites aucune illusion, il y a des moments de l’histoire dont vous n’entendrez jamais parlé, des guerres et des luttes dont on dira pas même un mot… En tant que chercheur, les archives manquent pour s’appuyer sur certaines vérités… »
En ce moment, certaines archives s’ouvrent (Guerre d’Algérie…), mais d’autres s’avèrent avoir été brulées, volées : tout un pan des traces de l’histoire à disparu
è Mais ses cicatrices subsistent
Certains de ces documents révélés sont de véritables bombes : « Les secrets de l’Algérie… »
è Ils nomment ce qui est indicible, parfois même impensable
On touche là aussi à un processus de crise : « l’impensable »
Là, on n’est pas capable de mettre en œuvre ses pensées, de les affronter
Il y a donc l’impossibilité de mettre des mots sur certaines choses
Comme les moments où l’on a tellement mal qu’on ne sait dire « pourquoi », ni « où »
Dans l’approche systémique des problèmes, cette question de la mémoire travaille l’ensemble des processus critique et l’ensemble de leur résolution
Pour une raison simple : parce que le cadre à un moment donné se dérobe, parce que l’environnement s’avère défaillant, parce que les repères ne se retrouvent plus
On a été alors contraints, forcés à quitter quelque chose
Dans le lot de la crise, il y a l’oubli (… et ce de pair avec la mémoire)
Jacques Derrida & Bernard Stiegler, philosophes pros en technique & nouvelles technologies, évoquent ce pouvoir de mémoire comme possibilité et simultanément impossibilité d’oubli
Jacques Derrida & Bernard Stiegler : ouvrage de référence sur la télévision
Bernard Stiegler : série de « La Technique et le Temps »
Milieu universitaire : milieu difficile et très conservateur (il faut suivre les étapes de carrière)
Par exemple, on pourrait même dénoter en lycée et faculté deux castes différentes !
Quand les médias ont appris la vérité sur le passé de Derrida, ils ont pris plaisir à le raconter
Jacques a décidé de crever l’abcès, mettant un haut-là à la polémique en relatant lui-même : sa jeunesse, son attaque de banque, son arrestation, ses années de prison… Dans un livre…
La crise permet à des individus de s’absenter/se dissoudre/se diluer/se fondre dans la masse
A d’autres, elle permet d’aller jusqu’au bout d’un désir d’autodestruction déjà en marche
Enfin, quelques uns se permettent de s’envisager dans une identité novatrice, héroïque
… Mais sans oublier que l’identité a ses pouvoirs aussi bien du côté positif que négatif
Parce qu’elle est perte de repères, la crise est une menace identitaire
Elle obliger à muer, à retrouver des repères (source d’identisation : construction de repères)
Jean Seberg & son fils & son éditeur ont partagé le secret de Romain Gary
Ses livres étaient connus et reconnus, il avait même eu le Prix Goncourt
Voulant créer du renouveau, il envoie un ami avec un manuscrit de lui à sa maison d’édition
Il dit l’avoir trouvé, la maison accepte de l’éditer, et ils s’accordent sur le nom d’Emile Ajar
Quand ce livre est nommé au Goncourt, Romain Gary ne sait que faire et avoue à l’éditeur
Ensemble, ils trouvent un « pigeon » pour réceptionner le prix (on ne peut avoir 2 Goncourt)
Jean Seberg (« A Bout de Souffle ») s’est suicidée assez jeune, Romain veut dire la vérité
Il publie « La Vie d’Emile Ajar », son dernier ouvrage, avant de lui-même se tirer une balle
Peu de gens sont capables d’avoir deux identités, d’en soutenir une, même d’en avoir une…
La conquête identitaire commence vraiment tôt, dès l’instant où il est question de « non »
Françoise Dolto (vue à la télé) : « lorsque l’enfant paraît, il est déjà apparu »
Un discours nous construit/conditionne avant de venir : discours amoureux, convivial, familial, social (et déjà les termes de contrats familial/social, sont pollués…)
è Nous sommes construits avant même que d’être
Il y a le discours de l’ensemble, de ceux qui nous attendent, de ceux qui ne nous veulent pas, de l’environnement, du bruit de fond, des autres amants, d’autres générations, etc.
è Il s’agit bien de la préhistoire de l’être
L’accueil et les contentions sont différents selon les conditions de notre naissance
Il va falloir entrer dans ce monde-là aussi (celui des mots, gestes, codes, et des symboles…), vis-à-vis duquel nous n’allons pas toujours être d’accord (des fois pendant longtemps)
Deux points extrêmement importants sur l’ensemble de ce début de cours :
- Au niveau invention/innovation, la création est l’alternative aux composantes de la destruction/mort, elle est l’étal de toute crise (donc un point majeur)
- Toute mise au monde est une mise en crise, la naissance augure le passage d’un environnement/cadre/milieu à un autre, celui-ci se fait alors que nous ne sommes pas parés à l’affronter (de la face interne du vivant à la face externe)
La crise permet de tracer les caractères majeurs de tout processus
Il y a rupture de la continuité des choses, de soi, de nos relations avec l’environnement
Il est nécessaire de trouver des étayages dans ces moments précis (comme la naissance)
Etayage à la naissance : corps d’une mère (ou de son substitut…) & son propre corps
Etai : permet de soutenir, d’appuyer, de tenir debout (socle, fondations…)
Corps : il y a toute une partie du développement où nous avons des conduites très animistes vis-à-vis de nos corps (souplesse… capacités extraordinaires de dialoguer avec lui…)
Ce même corps ressent le clin du vide en fonction des besoins (nourrisson : doit être nourri)
Enfant : en latin, « in-fants », celui qui n’a pas la parole (et ce n’est pas rien !)
L’avoir, la développer, la prendre, l’imposer, est une conquête du pouvoir…
Prise de parole/d’attention : prise de pouvoir
Marcher : l’enfant dit « non », et acquiert une liberté motrice
L’environnement devient plus grand, il peut explorer le cadre de manière plus large et libre
Le refus et la marche vont ensemble
Refus d’abord de notre corps tel quel, puis de notre mère (qui représente une institution)
L’individu quitte nécessairement, dans le meilleur des cas, ses premiers étayages pour prendre appui sur ce qui va lui donner l’entrée dans la socialisation (l’école, le groupe)
Successions d’étayages fondamentaux : corps, mère, groupe… (Le relai est non indifférent)
Les situations d’exil prouvent la même rhétorique : il est important d’être accueilli dans un groupe, de trouver une chaleur humaine dans un univers quasi-matriciel
Lorsqu’un de ces étayages est incliné à disparaître, il peut y avoir des situations individuelles/collectives de crise (France-Télécom, Education-Nationale & tous leurs suicides)
Yannick Geffroy a développé une vigilance spontanée (trop d’année en compagnie des mots, de caméras, et de l’étude de la communication non-verbale (tu peux pas test)
Bruno Bettelheim : « Psychanalyse des Contes de Fée » (L’enfant : « La Forteresse Vide »)
Lui qui aimait les enfants et comprenait si bien les autistes, pourquoi s’est-il suicidé ?
En plus avec un sac plastique… Y’a pas mal de choses qu’on ne peut jamais vraiment éclairer
Des blessures, des chocs, des traumatismes trop violents auraient été effacés par sa vie
En effet, avant d’être un éminent psychologue, il a vécu la folie des camps nazis…
La vieillesse est comme une crise de retour à l’enfance (gaga ! des choses remontent…)
Des souvenirs peuvent refaire surface avec une intensité incroyable/nouvelle
Car vu de l’extérieur, ce sont parfois ceux qui ont tout qui chutent dans le suicide
L’étayé a besoin de s’appuyer sur l’étayant et vice-versa
« Les morts griffent car ils essayent d’emporter les vivants avec eux »
Danger : se laisser partir soi-même avec la mort qui a rendu visite à un proche
Effort de résolution de la crise : aller se chercher soi-même aussi loin qu’on nous a entrainé
Il est parfois difficile de réellement se rendre compte à quel point on s’est laissé embarqué
è Il faut alors se reprendre, se ressaisir
Deuil : récupération d’une partie de soi qui a été faite captive
La reprise par rapport à l’autre parti/disparu est capitale, source de régénération totale
Crise de la vie/moments de passage : rituels pas accomplis dans nos sociétés occidentales
Moments de passages s’effectuent entre deux rives, deux espaces, deux mondes/continents
Il est nécessaire que quelqu’un, quelque chose soit là pour faciliter le passage
Aujourd’hui, il est très difficile de trouver des appuis pour faire ces passages
è Les structures familiales/institutionnelles ont changé/tremblé (tout bouge et s’agite)
Isabelle Adjani, chanson du « Puits de Marie » dans « Le Petit Bleu » : elle dit, à peu près, « qu’il faut continuer de couler malgré l’étouffement et arriver tout au fond de la piscine pour retrouver la volonté, la motivation de remonter et de vivre… »
On a tous besoin d’avoir des espaces intermédiaires, des espaces de négociation
Il s’agit de négocier ce que l’on quitte et ce que l’on retrouve
L’espace intermédiaire doit être un espace d’étayage
La trajectoire doit être telle qu’il y a une passerelle au-dessus d’un espace
On n’a maintenant ni la possibilité ni le temps ni l’envie morale de prendre appui
è Donc on a droit à une jolie succession de crises !
« La Dame de St Marcande », c’est la mort…
Ce n’est pas un hasard si nos sociétés/cultures « l’appellent » au féminin (la mort…)
Elle est capable de nous embrasser, de nous ravir, il faut donc la repousser, la distancer, quelles que soient ses stratégies de séduction
St Marcande : lieu où se croisaient de nombreuses caravanes de voyageurs d’Orient cherchant à se reposer et à se ressourcer
Des femmes, très belles bien sûr, y étaient employées pour intercepter des messages, connaître des secrets, en commençant par se rendre proche du porteur de l’information
Pour y arriver elles lui faisaient la conversation en corps et en esprit, démasquant son savoir
Puis, une fois le message délivré, leur mission était de tuer le malheureux devenu inutile
15ème/16ème : « J’ai rendez-vous avec la dame de SM, et j’espère arriver à la détrôner »
è C’est un rendez-vous avec la mort, qui est toujours là… Elle guette !
La mort fait partie des attributs et des potentiels de la crise (il faut arriver à la dépasser)
- L’intermédiaire aidant doit être une instance de communication
Il n’y a rien de plus difficile ou indocile que la traversée dans le silence
Un ami est bon pour assister à l’arrachement, au vertige, éviter la perte d’équilibre totale
- L’intermédiaire aidant doit être une instance d’articulation des différences
Il permet de les distinguer, de les séparer, de les articuler entre un monde et le suivant
Exemple : en exil, un compagnon ou une campagne de chemin parlant les deux langues
Grace à lui ou à elle, on peut être entendu et en même temps découvrir les mots de l’autre tribu, tout en restant dans une atmosphère de confiance (intermédiaire formidable !)
L’intermédiaire spatial, pour être efficace, doit être un lieu de symbolisation
« La parole, c’est le meurtre de la chose » : on acquiert le langage et on cesse de s’accrocher à la matérialité des choses et des êtres (en nommant, on présentifie, en faisant abstraction)
L’incantation du nom permet de soulager l’absence, de présentifier à l’avance la personne que l’on aime et qui nous manque (cet acte d’imagination peut s’avérer illusoire à terme)
On retrouve cela dans des actes pratiques, comme surtout la prière, où l’on cherche alors à « rendre présente une divinité ou une déité, et se rendre présent à elle »
On s’aperçoit que, plongés dans certains états (pétage de plombs, craquage !), tout ce qui est là, en nous, à l’intérieur, est à l’état brut : émotions qui montent, sensations indicibles…
è On n’arrive pas à leur donner des mots
Temps intermédiaire : temps pendant lequel on arrive à nommer certaines choses
Force de symbolisation : lorsque les êtres, les choses, la nature, les odeurs, les paysages s’absentent, on a besoin de leur présence
Une façon de faire est de les nommer (il est important de pouvoir partager avec quelqu’un)
« Quand il y avait le bruit vivant dans la rue, les arbres sous les vents, les fleurs de couleurs, les soleils chauds, les pluies dansantes, les visages aux sourires exotiques… »
C’est là une occasion de pouvoir se reprendre, de reprendre les souvenirs avec soi (même si cela demeure en quelque sorte du virtuel)
C’est aussi le bon moment pour mesurer ces influences et apprendre à être sans
è On a déserté un « passé » mais on ne veut pas qu’il nous déserte
Communication et articulation des différents symboles sont intimement liés
On les retrouve dans la culture (que ce soit la culture cultivée ou la culture anthropologique)
D’ailleurs, à préciser en passant, « La » culture par définition est celle des origines
Celle où on a tous grandi, dans laquelle on a tous été bercé, celle qui nous a tous fait souffrir
La culture des origines, mère de notre humanité, que nous avons tous été capables d’apaiser
Sur le chemin de cet espace intermédiaire, se mettent à compter/monter des chants
Les univers sonores des rythmes, des instruments, des voix jouent dans la résolution de crise
La musique et ses pouvoirs naturels mystiques permettent de franchir les étapes !
Si vous aviez la possibilité d’être branché à un instru/ampli/micro/radio, et de cette fois-ci « changer de disque », vous pourriez d’un coup nouvellement vous déchaîner
è Se reprendre, se ressaisir… Et s’aimer !
Dans les situations de crise, non seulement on déteste les autres et la vie et le monde, mais on les déteste d’autant plus que l’on se déteste soi-même comme personne
On ne peut pas s’aimer, tout ce qui faisait qu’on pouvait est fini, on n’a plus les raisons pour
« I hate myself more than you » (Kurt Cobain le copain)
Alors, soit on se laisse sombrer (hors de soi, hors des autres… hors de santé, hors de la vie…)
Ou peut-être qu’on préfère chercher et chercher, ne pas désespérer, et enfin trouver
Dans la vie ordinaire, il y a des lieux qui sont des lieux intermédiaires pour les gens en crise :
è Les salles d’attentes, les compartiments de train…
Un film, fait par une femme et 1er prix du cinéma de l’irréel, se passe dans un compartiment Il est 1000 fois plus facile de se tourner vers un inconnu (« connu ni des lèvres ni des dents ») de se dire des choses (y compris des choses qu’on se surprend à dire)
è Ces gens-là sont des passants, des rencontres…
A la fin, on est heureux ((à la fois de ce qui a eu lieu, et de ne plus jamais se revoir)
C’est un espace neutre entre deux vies
Le voyage porte par définition la marque de la trajectoire d’une transition
Avant la destination, il y a les étapes (et parfois on est bien contents et redevables du destin, surpris de pouvoir partager la réalité d’où l’on vient, mais aussi de l’où on va)
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